Vendredi 17 juillet 2009
5
17
/07
/Juil
/2009
22:40
A l’exception peut être de
Martine à la ferme, ou encore, de Oui-oui fait du skate –un collector celui-ci, que je crois d’ailleurs être le seul à posséder-, œuvres pour lesquelles l’exercice de la dissection littéraire ne semble pas appeler la
découverte d’éléments subversifs, il est relativement facile, pour peu qu’on ne soit pas illettré, de saisir la charge contestataire d’un livre et ce, dépendamment –ou non- du contexte social et
de l’époque de sa publication, comme de sa lecture. Jusque récemment, et la survenue de l’affaire des pseudos terroristes gaucho-révolutionnaires de
Tarnac, je pensais un peu « connement » mais en bon enfant décérébré de la télé post-URSS -sédaté à grandes injections de Club Dorothée et de Minikeums-, que l’on accordait guère plus d’importance à ce qui pouvait être écrit dans les
livres ; que tout ce qu’un bouquin pouvait faire seulement, à défaut de réveiller d’improbables ardeurs révolutionnaires, c’était de provoquer chez celui qui le lisait, une somnolence
incontrôlable, voir chez le plus fragile des lecteurs contraints, une irrépressible envie d’autodafé, puis une somnolence incontrôlable. Je pensais ça donc, et j’étais loin de me dire, à des
milliers d’années lumières même, qu’un truc pareil aujourd’hui, qu’un tas de pages tartinées d’encre et de quelques idées –là j’avais plus de
synonymes pour « livre »- pouvait constituer un élément à charge, une preuve potentielle encore, de la culpabilité d’un homme face aux
accusations d’une autorité morale.
Pour la plupart d’entre nous et quelques bobos avides de révolte,
aujourd’hui, Houellebecq constitue le summum de la chose subversive, pointant du doigt les dérives de
notre société néolibérale. Et c’est vrai qu’il est fort pour ça Houellebecq - l’antipathique-, lorsqu’il ne s’amuse pas simplement à verser dans le conformisme de la littérature contemporaine,
habillant ses bouquins de sexe un peu trashouille et de répliques cuisinées au vitriole, façon Bukowski parfois. Enfin… Redevenons sérieux quelques
secondes : On n’a jamais vu un type arrêté pour attentat à la pudeur, se faire signifier qu’il possédait dans sa bibliothèque deux trois ouvrages de Houellebecq qui auraient pu légitimer son
passage à l’acte… Ainsi, au dessus, bien au dessus de Oui-oui et de son skate, de Houellebecq et de sa
fausse esthétique de la subversion –cf. La Possibilité d’une île entre autre-, on trouve l’œuvre subversive par essence, celle qui, comme les
Lettres Persanes de Montesquieu, Candide de Voltaire ou l’œuvre de Sade, en leurs temps -mais pas que-,
chahute la morale en place.
Les œuvres qui dérangent aujourd’hui, à l’image de L’insurrection qui vient, parue pour la première fois en mars 2007 –traduit récemment du français à l’anglais- et dont on
attribut sans doute à tort, tout ou partie de la rédaction à Julien Coupat -celui là même qui se voyait trahit par sa bibliothèque-, sont d’abord des essais à caractère anarcho-révolutionnaire,
des pamphlets qui invitent activement le lecteur à remettre en cause les fondements d’une société que bien souvent, ils jugent facteurs de non-sens, de tensions, ou bien encore d’une certaine déliquescence des rapports sociaux, et ce, au-delà de
tous clivages politiques réducteurs : « De gauche à droite, c’est le même néant qui prend des poses de cador ou des airs de vierge, les mêmes têtes de gondole qui échangent
leurs discours d’après les dernières trouvailles du service communication. »- L’insurrection qui vient, page 7. Dans l'Inssurection qui vient , on fait donc le constat d'une
société artificialisée, mutilée et rongée à tous ses bouts par la bête capitaliste qui, n'en finissant pas de grandir, absorbe à elle toutes les dimensions du vivant pour,
in fine, en prendre le contrôle. C'est là, la dernière phase du capitalisme.
«...Un des modèles-type de la société actuelle (la "métropole") c'est un marché de Noël (!) où derrière la vente de babioles se profile le quadrillage des flics et des
réseaux de caméras de surveillance. C'est aussi la jeune fille quin'existe qu'à
travers la gestion obsessionnelle de sa propre "valeur" ou de ses différents "capitaux". Enfin le "bio" en prend pour son grade, la "bioéconomie" (façon "biopouvoir" n'est-ce-pas) étant le
dernier prétexte pour l'extension du contrôle de chaque geste sous les auspices d'un capitalisme qui joue sa survie en changeant de forme et qui voudrait reconstruire ce qu'il a détruit, et ce
qu'il a aliéné. » Radical Chic.
Passée la prise de conscience, que le monde qui nous entoure est à gerber, que la société, doucement mais surement est en train de craquer, on préconise la révolte organisée ;
pas celle de « couleur », pas celle de l’impérialisme américain ; non, l’autre plutôt. L’œuvre subversive prend alors toute sa dimension : « Il s’agit de savoir se battre, crocheter des serrures, soigner des fractures aussi bien que des angines,
construire un émetteur radio pirate, monter des cantines de rue, viser juste,(…) retrouver les intuitions perdues, tous les usages, tous les liens possibles avec notre milieu immédiat et les
limites au-delà desquelles nous l’épuisons ; cela dès aujourd’hui, et pour les jours où il nous faudra en obtenir plus qu’une part symbolique de notre nourriture et de nos soins. »
L’insurrection qui vient, page 96. A la manière d’un Emile Pouget, auteur en 1898 de
Le Sabotage, on nous enseigne les rudiments de la noble désobéissance, celle que méritent -et rien de plus-, les acteurs avilissants et les séides de
notre monde dégénéré. On nous forme, sommairement mais tout de même, aux techniques de guerre, façon Mini manuel du guérillero urbain de Marighella, on nous enseigne encore, ce qu’il faut savoir du « système », style Vaneigem, pour mieux le foutre en l’air et pourquoi pas lui
pisser dessus ; mais quelques gouttes seulement hein !
Après les premières heures de la révolution et de la chute du modèle jadis institué, vient ensuite le temps de l’organisation progressive donc, de l’absorption puis de la maîtrise du territoire
avec lequel la révolution doit se confondre (page 97). Sur la base de « communes », notion abstraite et multiforme, symboles de la dissidence concertée et réfléchie –loin on l’espère de
leurs cousines chinoises, plus « populaires »-, on nous invite encore dans L’insurrection qui vient, à prendre notre destin en main, à renverser
et à occuper l’espace plutôt qu’à le délaisser, à stériliser toutes résurgences autoritaires, tout obstacle nouveau à l’entrave de l’entreprise révolutionnaire : « Ce dont il
s’agit, c’est de densifier localement les communes, les circulations et les solidarités à tel point que le territoire devienne illisible, opaque à toute autorité. » Et là, tout est à
peu près dit.
Outre la gueulante, il y a souvent dans l'oeuvre subversive
contemporaine, l'instantané réaliste d'une société qui court à sa perte: L'insurrection qui vient pourrait être de cela, pourrait être tout simplement le récit d’une saison en enfer
(Bailly).
Profonde, elle déconstruit et renverse la marche du monde, propose à l’esprit un cheminement capable de transformer fondamentalement la nature et l’essence des choses, mais surtout d’un fait et d’un ensemble de faits sociaux.
La subversion est ici et plus qu'ailleurs cependant, là ou
débute la dangereuse réflexion du téléspectateur de TF1 ou bien, comme moi, du type d'habitude plutôt adepte des lectures blytoniennes.
+ L'insurrection qui vient en ligne, format pdf.